Vénérer l’autre au point d’oublier qui on est ?

veneration – Vénérer l'autre au point d'oublier qui on est ?

Comment garder son libre arbitre dans les relations de pouvoir

pour ne jamais se perdre en chemin !

Ces dernières semaines, beaucoup sont allés voir le film Gourou avec Pierre Niney, ou ont dévoré le roman Tenir debout de Mélissa Da Costa, parfois sans le savoir, autour d’un même thème : l’emprise, la vénération, et la difficulté à rester fidèle à soi au milieu de figures « plus grandes que nature ».
Ces histoires, qu’elles soient portées par un coach charismatique ou un acteur adulé, rappellent à quel point il est essentiel de garder son libre arbitre et de poser ses limites, même (et surtout) quand l’autre semble fascinant, brillant, inspirant.

Quand l’admiration commence à grignoter ton libre arbitre

Dans Gourou, Pierre Niney incarne Matt, un coach en développement personnel qui électrise les foules, star des réseaux sociaux, convaincu d’aider les gens à transformer leur vie. Peu à peu, la frontière entre inspiration et emprise se brouille : promesse de réussite, sentiment d’appartenance, puis bascule vers la soumission pour certains participants.
Dans Tenir debout, François, acteur charismatique au sommet de sa carrière, vit une relation passionnelle avec Éléonore, de vingt ans sa cadette, prête à se sacrifier pour lui, surtout après l’accident qui le rend paraplégique. Là aussi, le fil est mince entre amour, dévouement, pouvoir, et effacement de soi, jusqu’au moment où chacun doit regarder ses parts d’ombre, ses blessures, ce qu’il accepte… ou plus.

Dans les deux cas, on voit des personnalités publiques, admirées, magnétisantes, face à des partenaires prêts à beaucoup donner – parfois trop – au point d’oublier leur propre boussole intérieure.
Et c’est là que la question se pose pour toi : à quel moment l’admiration, le respect, l’amour ou la gratitude deviennent-ils une dépossession de ton pouvoir personnel ?

Ne pas confondre rôle, image et personne

On ne connaît jamais vraiment la vie intime d’une personnalité, même quand elle s’expose partout. Ce que tu vois d’un coach, d’un auteur, d’un acteur ou même d’un « mentor » sur les réseaux ou en scène reste un rôle, un angle, une facette, un montage, une partie de lui / elle, du storytelling, de la communication.

Quelques questions à te poser :

  • Est-ce que j’admire son métier, son message, ou la personne entière (que je ne connais pas vraiment) ?
  • Est-ce que je crois qu’il ou elle « sait mieux que moi » ce qui est bon pour ma vie ?
  • Est-ce que je prends ses paroles comme un avis… ou comme une vérité absolue ?

Un avis, même éclairé, reste un avis.
Ce n’est ni un verdict, ni une obligation de suivre, ni une invalidation de ton ressenti.

Les signaux qui montrent que tu abandonnes ton pouvoir

Tu peux être magnétique, dans le don, dans la connexion, et en même temps avoir des peurs, des blessures, des réactions parfois disproportionnées.
C’est pareil pour l’autre, aussi charismatique et lumineux soit-il.

Voici quelques signaux qui montrent que ton libre arbitre commence à se dissoudre :

  • Tu as l’impression que l’autre « sait mieux que toi » en tout, tout le temps.
  • Tu t’auto-censures : tu n’oses plus dire « non », poser une question ou marquer un désaccord.
  • Tu prends les remarques de l’autre comme des lois, sans jamais revenir à « qu’est-ce que j’en pense, moi ? ».
  • Tu minimises ce que tu ressens : si ça te dérange, tu te dis que tu exagères, que « c’est toi le problème ».
  • Tu t’éloignes de tes valeurs, de tes besoins, de ton rythme, pour rester dans ses clous à lui/elle.

Ce glissement est rarement brutal : il se fait par petites concessions, petites justifications, petits renoncements, jusqu’au moment où tu ne te reconnais plus. Bien entendu, je te parle ici de personnage publics en lien avec ce film et ce livre, mais cela peut tout à fait aussi se produire dans la vie privée avec un compagnon, un parent voire un enfant !

Revenir à soi : poser des limites justes, ici et maintenant

Garder ton libre arbitre ne veut pas dire rejeter toute aide, tout coaching, toute inspiration, toute admiration ni vivre en défiance permanente. Cela veut simplement dire revenir à cette place intérieure où tu restes la seule personne légitime à décider pour ta vie.

Quelques pistes concrètes pour poser des limites justes pour toi, au moment où tu es :

1. Distinguer l’information de l’injonction

Quand quelqu’un te conseille, t’enseigne, te « guide », rappelle-toi : c’est une proposition, pas un ordre.
Tu peux écouter, accueillir, puis filtrer : garder ce qui résonne, laisser partir ce qui ne sonne pas juste maintenant.

Question-clé :
« Ok, j’entends… et moi, qu’est-ce que j’en pense, là, tout de suite ? »

2. Te rappeler qu’il n’y a pas de « mauvais » choix

On peut facilement donner son pouvoir à l’autre par peur de se tromper.
Pourtant, il n’y a pas de mauvais choix, seulement des expériences, des chemins, des découvertes, des choses à guérir, parfois des détours nécessaires pour, un jour, dire « Stop ». Si quelque chose doit entrer dans ta vie, il le fera par la porte la plus juste pour toi, pas forcément par celle qu’un autre aura décidée à ta place.
Ton rythme n’est pas une erreur : c’est ton rythme.

3. Honorer ta part lumineuse… et ta part sombre

Tu n’as pas à lisser toutes tes aspérités pour rester aimable ou « spirituellement correcte ».
Tu es un tout : joie, colère, peur, créativité, vulnérabilité, générosité, fatigue, désir de danser, moments de chute et de renaissance.
Plus tu acceptes tes nuances, moins tu cherches un sauveur extérieur censé te « compléter » ou te dire quoi faire. Plus tu te reconnais, plus il devient naturel de dire oui ou non en ton nom propre.

4. Redonner une place à ta voix intérieure

Ta petite voix n’est pas toujours évidente à entendre, surtout quand le mental panique, quand l’émotionnel est agité, ou quand on a très envie que quelqu’un décide à notre place. Mais sa présence peut se renforcer.

Tu peux par exemple :

  • Prendre quelques minutes en silence après un échange, un contenu, un rendez-vous.
  • Noter ce que tu ressens vraiment, sans filtre ni jugement.
  • Formuler clairement la question : « Qu’est-ce qui est juste pour moi, là, maintenant ? »

Tu n’auras pas toujours une réponse immédiate, nette et définitive.
Mais tu renforces, jour après jour, ce lien à toi.

Tu es la seule personne à savoir ce qui est le mieux pour toi

Coach, thérapeute, partenaire, mentor, personnalité publique, boss, famille…
Personne ne vit ta vie à ta place, ne ressent dans ton corps ce que tu ressens, ne porte tes blessures et tes élans.
Les autres peuvent t’inspirer, te challenger, t’accompagner, te bousculer parfois, avec ou sans maladresse. Mais ils ne sont ni des dieux, ni des gourous, ni des oracles infaillibles : ce sont des humains, avec leurs zones de lumière et leurs angles morts.

Garder ton libre arbitre, c’est accepter que tu vas parfois hésiter, te tromper, aller trop loin, devoir revenir à toi après coup.
C’est aussi accepter que tu es en chemin : là pour découvrir, expérimenter, te révolter, souffrir parfois, mais aussi pour vivre, danser, vibrer – sans te renier.

Tu peux admirer, aimer, suivre, apprendre.
Mais tu n’as jamais à te sacrifier ni à t’effacer pour ça.
Tu as le droit, à chaque instant, de dire : « Merci pour ton regard… et maintenant, je reviens à moi. »

Enfin, j’ai publié une vidéo qui parle de tout ça sur ma chaîne youtube, clique ici pour la voir : les limites de la vénération

Enfin, j’ajouterai qu’en travaillant sa confiance en soi, son estime de Soi, on arrive à reprendre progressivement son libre arbitre. J’ai longtemps donné mon pouvoir aux hommes que je fréquentai, de manière insidieuse, petit à petit, jusqu’à rester accrocher à des hommes prêts à me détruire parce que je ne m’aimais tellement pas, que je les autorisai à me piétiner, à me rabaisser, à me faire avoir peur pour ma vie. Alors quand on est dans ce genre de relation, non, ce n’est pas une fatalité ! Un pas après l’autre, on peut s’en sortir pour reprendre son pouvoir !